Nés dans une petite salle de répétition glaciale l’hiver et étouffante l’été, au nord de Cork, les Cardinals ont façonné un premier album qui navigue sans cesse entre les pôles opposés de l’émotion : de l’ombre à la lumière, de l’espoir au désespoir, de la tendresse à une forme d’indifférence chaotique. Formé par des liens familiaux et amicaux – les frères Euan et Finn Manning, leur cousin Darragh et leurs amis Oskar Gudinovic et Aaron Hurley – le groupe s’est rapidement imposé comme l’un des visages les plus singuliers de la scène rock indépendante irlandaise. Avec Masquerade, ils se libèrent du poids de leurs premières influences pour affirmer une identité plus cohérente et plus audacieuse. Euan décrit ces morceaux comme « des ballades douces transformées en situations d’urgence par un besoin panique », une formule qui résume parfaitement l’album : certaines chansons grondent de colère, de cynisme ou de violence contenue, tandis que d’autres s’illuminent d’une vulnérabilité fragile. Pensé comme un disque à deux faces, en hommage à leur amour du vinyle, Masquerade puise autant dans la délicatesse de Townes Van Zandt que dans la noirceur de Nine Inch Nails, Iceage ou Type O Negative, sans renier leur goût pour le hip-hop.
Cette dualité se retrouve aussi dans la manière dont l’album a été conçu : enregistré sans métronome pour conserver un souffle organique, il a pris forme aux studios RAK à Londres, sous la houlette du producteur Shrink. Certaines prises, comme la voix d’Euan enregistrée dans une cage d’escalier, capturent une vulnérabilité brute, presque exposée en temps réel. Les textes, volontairement ouverts à l’interprétation, mêlent fiction et fragments du réel, laissant affleurer de nombreuses références religieuses qui témoignent autant d’une fascination esthétique que des bouleversements sociaux vécus en Irlande ces dernières décennies. Sans revendiquer une identité strictement « irlandaise », Cardinals ancre pourtant son écriture dans Cork, ville qui nourrit leurs chansons de visions urbaines, de violences observées et de colères politiques, comme dans The Burning of Cork. L’univers visuel de l’album s’est quant à lui cristallisé autour d’une œuvre d’Oda Sønderland, devenue pochette du disque, symbole d’un refuge intime au cœur d’un monde rude. Masquerade marque ainsi un tournant pour le groupe, révélant une nouvelle manière de travailler ensemble et se concluant sur une note d’espoir discrète mais tenace : malgré les chutes, le mouvement continue.
Born in a small rehearsal room in the north of Cork, freezing in winter and suffocating in summer, Cardinals have crafted a debut album that constantly shifts between emotional extremes: from darkness to light, from hope to despair, from compassion to chaotic indifference. Built on family and friendship ties – brothers Euan and Finn Manning, their cousin Darragh, and longtime friends Oskar Gudinovic and Aaron Hurley – the band has quickly positioned itself at the forefront of Ireland’s independent rock scene. With Masquerade, they shed the weight of their early influences to shape something more distinctive and self-assured. Euan describes the songs as “soft ballads turned into emergencies by a panicked need,” a phrase that captures the album’s atmosphere perfectly. Some tracks simmer with violence, cynicism and unrest, while others glow with fragile vulnerability. Designed as a two-sided record in homage to their shared love of vinyl, Masquerade draws from contrasting influences, ranging from the gentle beauty of Townes Van Zandt to the darker intensity of Nine Inch Nails, Iceage and Type O Negative, alongside their ongoing affection for hip-hop.
This tension is also embedded in the album’s creation. Recorded without a metronome to preserve an organic pulse, it took shape at London’s legendary RAK Studios with producer Shrink. Moments such as Euan’s vocal take in a stairwell capture raw exposure, vulnerability unfolding in real time. The lyrics remain open to interpretation, blending fiction with reality and threaded with religious imagery that reflects both aesthetic fascination and Ireland’s shifting social landscape. While resisting the label of an “Irish band,” Cardinals remain deeply rooted in Cork, a city that feeds their songwriting with urban visions, witnessed violence and political echoes, particularly on The Burning of Cork. The visual world of the album crystallised around a painting by Oda Sønderland, now its cover artwork, evoking the idea of art as refuge within a harsh environment. Masquerade signals a new era for the band, revealing a deeper collective identity and closing on a quiet but resolute sense of hope: even when they fall, they keep moving forward.