Avec Microtonic, bdrmm franchit un cap décisif. Le groupe de Hull, mené par Ryan Smith, explore de nouveaux territoires sonores, mêlant shoegaze, post-rock et electronica dans une approche plus libre et collaborative que jamais. Les guitares rêveuses qui ont fait leur réputation sont toujours là, mais s’entrelacent désormais avec des textures électroniques, des pulsations ambient ou dance, comme sur l’hypnotique Infinity Peaking. Cette évolution s’est construite dans un esprit d’ouverture, tant dans le processus de création — fait de contributions à distance et de production collective — que dans les collaborations, avec notamment Syd de Working Men’s Club et Olivesque. L’album s’ancre aussi dans une ambiance dystopique, marquée par l’après-pandémie, les souvenirs flous et une certaine mélancolie contemporaine.
Mais plutôt que de sombrer dans l’apathie, bdrmm canalise cette noirceur en une force créative renouvelée. De Lake Disappointment à Snares, l’album foisonne d’idées, d’ambiances troubles et de refrains inattendus, en convoquant aussi bien David Lynch que Thom Yorke ou Massive Attack. Microtonic est un album dense, audacieux, parfois déroutant, mais toujours sincère. Il marque l’émancipation artistique d’un groupe qui n’a plus besoin d’être comparé à d’autres pour exister pleinement : “C’est la première fois qu’on a vraiment l’impression de sonner comme nous-mêmes”, résume Ryan.
Vendredi 27 juin 2025